Présentation


5.000 km entre la Californie et la Floride
en vélo à travers 9 états américains.

Départ officieux : Santa Monica (Los Angeles) pour récupérer de l'eau du Pacifique dans une gourde...
Départ officiel : Death Valley (Vallée de la Mort - Californie), désert mythique
Arrivée : Miami Beach (Floride) sur l'Atlantique
Direction : par le Sud : Phoenix, El Paso, San Antonio, New Orleans...
Dates : du 10 septembre au 1er octobre 2010 (si tout va bien !)
Coureur - Cycliste : Jean Michel MONOT
Accompagnateurs : Jean Pierre MARQUANT, Hervé LE MEUR
Conseillère alimentation et soins (à distance !) : Hélène Sillinger

mardi 19 octobre 2010

Étape Conclusion - Le Retour au Fenua

Toute bonne chose a une fin… et inversement !
Vous aurez, je l’espère, apprécié les citations qui venaient, chaque jour, apporter une petite note spirituelle à chaque commentaire. Voici donc les dernières que je vous offre, en corrélation avec ce que j’ai pu ressentir et apprécier durant ce périple :

« Celui qui a senti une fois dans ses mains trembler la joie ne pourra plus jamais mourir » (José Hierro)

« La joie partagée grandit » (Massa Makan Diabaté)

« Un homme seul ne peut rien, il lui faut l'appui de ses semblables pour arriver là où il doit aller » (Victor-Lévy Beaulieu)

« On peut tout ce qui ne dépend que de notre volonté » (Marcel Proust)

« A l'impossible je suis tenu » (Jean Cocteau)

« Il y a d'admirables possibilités dans chaque être. Persuade-toi de ta force et de ta jeunesse. Sache te redire sans cesse : "Il ne tient qu'à moi" » (André Gide)

Si ces quelques citations ont réveillé en vous des velléités de voyages, de défis, de volonté de faire du sport (quelque soit votre niveau), alors je pourrai être entièrement satisfait.


Jeudi 7 octobre, Miami à Tahiti.
La première journée de repos, mercredi 6 octobre, a consisté à prendre possession de notre superbe chambre commune dans l’hôtel Tiffany (« The Hotel ») et surtout de profiter de la piscine située au 4ème étape avec vue sur l’Océan ! Une sacrée récompense, même si certains de nos RV Camps nous avaient apporté un bon confort (Jean Pierre souhaite d’ailleurs faire un guide des meilleurs RV Camps traversés !).



Le reste de la journée sera consacré aux préparatifs de nos affaires, aux billets retours pour Los Angeles et le surpoids des bagages, et à quelques emplettes dans Miami Beach. En soirée, nous aurons droit à une « visite by car » du tout Miami qui se terminera autour d’un bon repas.
Ce jeudi, c’est le classique ballet des voyageurs qui s’en retournent au pays : la queue au guichet pour l’enregistrement, la négociation pour le dépassement du nombre de bagages, le tour des boutiques en duty et l’attente dans la salle du même nom… Pas aussi passionnant que nos 25 dernières journées ! Heureusement, nos cerveaux sont remplis de souvenirs tout aussi beaux les uns que les autres : le voyage sera surtout un sommeil récupérateur envahis de « rêves réalisés »…

Ce même jeudi, nous atterrirons à Tahiti vers 21h30, accueillis par nos proches et nos amis, avec la joie de se retrouver, la joie de partager notre histoire, car ce furent vraiment des vacances pas ordinaires !...




Quelques jours plus tard…
La pression est retombée ; dès lundi, il a fallu reprendre le rythme du travail et retrouver une vie « normale ». Peu évident après un mois d’évasion et d’aventures sportives.
Je ne ressens pas une grande fatigue, juste l’obligation de me coucher plus tôt le soir. La balance indique que j’ai perdu entre 5 et 6 kilos (surtout du haut du corps). Tout le monde m’en fait la remarque. Je sais que je vais devoir m’entretenir si je ne veux pas reprendre des kilos superflus, mais je n’ai guère envie de rechausser les chaussures de sport immédiatement. Je vais m’organiser pour aller nager régulièrement.
Malgré le surcroit de travail qui m’attend au bureau, il me faut finaliser le road-book complet que je souhaite remettre à mes partenaires ; et aussi préparer les textes, photos et films qu’il faudra donner aux médias…
Mais ma préoccupation première est d’arriver à vous remercier ; je sais que ce ne sera pas facile car vous avez été très nombreux à me faire part, à nous faire part, de vos encouragements et félicitations. Je ne pourrai malheureusement pas tous vous répondre individuellement. Mais vous savez que mon cœur est avec vous et là est l’essentiel.

J’aurai donc parcouru exactement 4.800 km en 24 jours, dont 3 demi-journées de visite (White Sands, Austin et Houston) et une dernière journée symbolique (65 km). Mon objectif est atteint et j’en suis heureux car de nombreuses contraintes sont venues compliquer ce périple dont le temps était compté (retour impératif le 7 octobre) : la chaleur élevée pour cette saison et ce jusqu’au Texas, le rallongement du parcours pour des raisons de sécurité (frontière mexicaine) et surtout le vent d’est et de nord-est qui aura souvent freiné mes velléités. Mais les fabuleux décors, les découvertes d’animaux insolites, les bikers, l’amitié grandissante avec mes deux compères accompagnateurs auront eu gain de cause de tout. Le rêve est devenu réalité, sans réelles souffrances. Quel bonheur de découvrir de telles contrées. Les Etats Unis ont certes de nombreux travers (armes autorisées, violence, laissés pour compte, inégalités sociales…) mais c’est un pays ô combien attirant par sa diversité, sa biodiversité, ses contrastes, son gigantisme. J’aurai appris beaucoup de choses : sur moi bien sûr, sur Jean Pierre et Hervé, sur ces régions que je ne connaissais pas ou guère, sur l’histoire de ces Etats… Comme quoi, ce périple aura apporté bien plus qu’un défi physique.

Je tiens bien évidemment à saluer la performance de Jean Pierre Marquant dans cette aventure. Non seulement, il aura apporter son expérience de l’Amérique (langue, mentalité) mais aussi son sens de l’organisation et sa faculté à proposer des choix sans rien imposer : il connaît trop bien l’état d’esprit d’un sportif dans des efforts extrêmes comme ceux que j’ai vécu. Cela aura permis d’évoluer chaque jour sans réelle tension, avec des solutions pour continuer à avancer encore et toujours. Sa bonne humeur, ses réparties et ses blagues auront apportées une ambiance sympathique. Et c’est sur le plan sportif qu’il m’aura le plus impressionné ; je connaissais pourtant son palmarès, mais à presque 73 ans, dans un domaine qui n’est pas le sien (le cyclisme) avec un vélo « relique » (excuse moi JP !) il est parvenu à rouler 1.700 km à une allure incroyable, dans des conditions que vous connaissez. Je souhaite à tous mes proches, mes amis et à moi même, d’arriver à son âge avec une telle fraicheur et une telle « pêche ». Comme l’a dit sa compagne Vanina : « Cet homme là est un extra-terrestre ! ». En me disant que nous étions fait de la même trempe, il m’aura honoré.
Hervé Le Meur est un grand seigneur et breton de surcroit, ce qui aura encore plus favorisé notre rencontre. Non seulement il aura été un partenaire financier de premier ordre, mais en plus il aura participé de manière entière à cette aventure. Pas sportif, gros fumeur, il aura su s’intégrer totalement dans mon trip, avec les contraintes inhérentes : couchage précaire, conduite d’un énorme véhicule
(11 mètres – 6 tonnes) dans toutes les situations (villes, campagnes, pistes, forêts…), interdiction de fumer à l’intérieur, préparation des repas (avec Jean Pierre), vaisselle, lavage des linges, nettoyage, orientation… Bref, une humilité et une force de travail qui forcent le respect. Mais Hervé n’a pas voulu en rester là ! Avec Jean Pierre, nous lui avons proposé de participer physiquement à cette aventure, espérant ainsi l’inciter à réduire sa consommation journalière de cigarettes. Il a accepté ; il n’a cessé d’augmenter les distances à vélo, passant au début à 15 km pour finir à plus de 40. Résultat : il aura réduit de moitié sa consommation et surtout il nous a confirmé qu’il va acheter un vélo : il souhaite continuer à s’entretenir par la suite. Si nous lui avons passé ce virus, notre joie est complète ! Merci Hervé pour t’être intégré et adapté à un rythme de sportif qui n’était pas le tien.
Ce défi personnel est donc devenu une histoire d’équipe où chacun a donné le meilleur de lui même. C’est cela aussi le sport : partager son plaisir, ses joies, ses peines pour que le physique et le psychisme soient en harmonie.

Mon secret espoir désormais est que plusieurs d’entre vous aient cette volonté de monter un projet similaire ou bien tout simplement aient l’envie de se prendre en main et de pratiquer une activité sportive régulière. C’est ce message que nous avons passé aux Etats Unis ; nous le reprendrons ici en Polynésie où l’obésité et le diabète sont tout aussi développés, avec le soutien des clubs Rotary. Le sport, c’est la vie ! Chacun a son rythme.
A vous de jouer maintenant.
Jean Michel



Les commentaires de Jean Pierre :
Le retour :
Départ à 11 heures de Miami par American Airlines pour Los Angeles. Avec notre monstrueux excédant de bagages ( 12 valises et plus de 300 kilos ) on se demande comment nous allons nous y prendre. Après bien des palabres et négociations, nous faisons tomber le surplus du fret à 300 $. Ouf ! Surtout que les finances commençaient à être au plus bas ! Cinq heures trente plus tard, après avoir survolé sans fatigue nos vingt trois jours d’épreuves, nous atterrissons dans la cité des anges : Papeete n’est plus très loin.

Mais que dire de cette expédition ?
Tout d’abord, ça aurait pu clacher entre les 3 acteurs de cette aventure, vu que nous ne nous connaissions pas vraiment Hervé, Jean-Michel et moi. Ce fût tout le contraire, l’équipe se révéla complémentaire : Hervé adorait conduire, faire la cuisine, boire un bon coup et nous courir après dans un pays qu’il ne connaissait pas (Heureusement qu’il y avait « Juliette » la voix du GPS – qui lui joua quelques bons tours quand même). Quant à Jean-Michel, totalement concentré vers son but, il ne faillit jamais et, croyez-moi, il fallait bien du courage et une détermination sans faille pour partir, encore courbaturé de la veille, au petit matin pour des dizaines de miles sans assistance ( il nous fallait bien mettre les notes à jour, faire la vaisselle, le linge, ranger le bordel, déhaler le RV sans oublier une connexion qui aurait arraché le poteau – on a même pu démarrer avec l’extension de la salle à manger non rentrée ! encore une anomalie du loueur de Las Vegas !).
Pendant un mois, nous avons été hors de notre monde habituel, sans autre souci que d’atteindre l’étape suivante, boire beaucoup et se nourrir en proportion de l’énorme quantité de calories dépensées.
Pour mémoire, Jean-Michel a fait plus fort que les gars du Tour de France : 4800 kms en 23 jours à 50 ans, sans équipe de soigneurs ( pas de massage possible ; il l’a d’ailleurs bien regretté !), sans peloton dans lequel on peut rouler à 40 à l’heure sans presque un coup de pédale, n’ayant que ma petite carcasse pour le protéger de temps en temps du vent de face. On peut dire en conclusion qu’il a donné un wagon d’espoir à tous ceux qui se croient finis à cet âge là ! Il suffit de vouloir, c’est tout. Et puis si l’équipe a réussi au travers des médias et d’Internet à faire rêver quelques dizaines de personnes, on peut dire que l’on a réussi ce pari et que nous vous avons donné une bouffée d’oxygène dans un monde de moins en moins marrant.
Et puisque Jean-Michel aime les citations, en voici une ou deux :
- Si tu ne sais pas où tu vas, regardes d’où tu viens !
- Plus on vit vieux, moins on est mort longtemps.
- Le régime sans sel est meilleurs que le vélo sans selle.
- Si quand tu pédales, t’avances à reculons, alors, fais demi tour.

Jean Pierre

mercredi 6 octobre 2010

Étape 24 - Le symbole retrouvé

« De Lauderhill à Miami Beach (Floride) »
24ème et dernier jour : 65 km réalisés. Arrivé !

« Pour moi, l'essentiel, dans le sport, c'est le dépassement de soi auquel il nous oblige sans cesse » (citation de Nancy Horowitz Kleinbaum dans « Le cercle des poètes disparus » - 1990)

SPECIAL DEDICACE
De Boynton Beach : pensées aux « Clodos et Clodettes » ( avec une chorégraphie en prime ! ). Et bien entendu à vous toutes et tous qui m’avez suivi et soutenu dans ce périple.
Parcours : Lauderhill – Fort Lauderdale – Dania Beach – Hollywood Beach - Miami Beach

Mardi 5 octobre, Miami.
« I did it ! » (« Je l’ai fait ! ») : cette petite phrase est le slogan habituel que l’on entend sur les grandes courses américaines. Ce « Coast to Coast » de 4.800 km à vélo s’achève, au bout de ce continent immense et varié, sur une plage ventée de Miami Beach, dans un océan vert turquoise, près d’une cabane en bois multicolore des « life-guards ». Coïncidence : le décor est très similaire à celui de la plage de Santa Monica. Les nuages gris rajoutent une ambiance encore plus surréaliste…
Cette dernière étape (pour la « forme » dira-t-on, car très courte) est partie de Lauderhill, au sud de Boynton, car nous devions impérativement rendre notre RV avant 11h. Tout s’est bien passé ; c’est un peu avec regret que nous l’avons laissé après un mois de voyage ( !). J’ai donc enfourché mon « 596 » pour la dernière fois vers 12h30, direction les plages et plus particulièrement Dania Beach, sous un ciel très chargé (une première) et un vent en rafales. Je savais qu’il me fallait effectuer au moins 65 km pour atteindre le chiffre de 4.800 km. Une erreur d’aiguillage près de l’aéroport de Fort Lauderdale va finalement s’avérer nécessaire, car je vais effectuer exactement les 65 km recherchés… Ce ne sera pas la plus belle étape, mais elle sera forte en émotions. Il est vrai que rouler à vélo, uniquement en ville, au milieu des buildings plus beaux les uns que les autres, représente un certain « charme », mais j’ai préféré des parcours plus sauvages, plus près de la nature, plus seul avec une sensation de liberté absolue…
Les villes se suivent les unes derrière les autres : Dania Beach, Hollywood Beach, Hallandale, Bal Harbour, Surfside… et enfin un panneau « Welcome to Miami Beach » qui m’indique que l’arrivée est toute proche. Je retrouve mes deux compères Jean-Pierre et Hervé à la 16ème rue, tout proche du point que je m’étais fixé : « 14th Street ». Nous sommes désormais sur Ocean Drive, à 200m à peine de l’océan. Je récupère la fameuse bouteille « d’O’Tahiti » remplie de « Pacifique » et, tous trois, nous dirigeons tranquillement vers la mer…
« Le symbole retrouvé ». Certes, cette aventure n’aura pas eu l’intrigue et le suspens d’un roman de Dan Brown, mais elle aura apporté bon nombre de symboles à chacun d’entre nous…
Pour ma part, cette aventure est une réussite en plusieurs points.
Nous aurons su tout d’abord vaincre ce qui pouvait sembler être une énorme montagne ; 4.800 km à vélo est une distance qui impressionne, et qui mieux est, réalisée à raison de plus de 200 km par jour en moyenne. Il restera donc la satisfaction d’avoir été au bout d’un projet original, d’avoir osé aller au delà de sa raison première. Il est vrai que je suis parti quasiment sans entrainement, faisant confiance à des acquis, mais sans aucune certitude.
Ensuite, il y aura cette formidable adaptabilité que chacun de nous trois aura su développer. Chaque matin, nous partions un peu dans l’inconnu, ne connaissant ni les lieux, ni les pièges qui pouvaient se présenter à nous. Tant Jean Pierre, Hervé que moi, chacun dans ses fonctions, nous serons parvenus à improviser et vivre positivement chaque problème qui se présentaient.
Enfin, au travers les diversités traversées, il restera au fond de moi toutes sortes de symboles et de coïncidences qui me permettront de continuer à avancer et à partager… La conclusion de ce voyage aura été le « mariage » des eaux du Pacifique et de l’Atlantique ; un symbole de vie et d’humanité ô combien prioritaire…
Avant de conclure, je tiens une nouvelle fois à toutes et tous vous remercier ; pour votre soutien, pour vos messages, par votre amitié. C’est certainement l’un des éléments essentiels dans la réalisation de tel défi. MERCI pour tout cela.
Vous aurez donc fait parti de cette histoire. Pour cette raison, je me permet de vous livrer un peu d’intimité familial et de terminer cette journée par un mail que ma dernière fille m’a adressé ce matin. C’est un magnifique message pour tous les parents que nous sommes ou serons.
« Coucou mon papounet chéri ! C'est incroyable : tu as réussi à faire ce que tu rêvais de faire. Je suis vraiment fière de toi !! Dorénavant, tu peux le dire tout haut " je l'ai fait !!!!" Tous les jours je pensais, je rêvais, je pleurais de joie en pensant à ce que tu faisais, en me disant fièrement " c'est mon papa !! " Beaucoup de monde a été impressionné par ton histoire, mais nous, ta famille, sommes vraiment touchés par ce que tu as fait .... Cela nous vient droit au coeur !! J'ai hâte de te revoir, et de te serrer dans mes bras! Que tu nous racontes tout ton voyage !
Un jour ça sera à mon tour de traverser ces merveilleux paysages ! Saches que ton message est bien passé : ne pas se laisser abattre, continuer à se battre et avancer pour le meilleur ! On se revoit dans quelques jours. Je t'aime FORT !! Tu me manques !! Ta fille qui t'aime. Alizée »

De cette aventure sortira sans doute un livre…
Jean Michel







mardi 5 octobre 2010

Étape 23 - La cerise sur le gâteau

« De Melbourne Beach à Boynton Beach (Floride) »
23ème jour : 202 km réalisés – Départ 7h50 am
Un beau cadeau, une journée parfaite : soleil, mer, vent arrière, belles routes, belles villas, palmiers… et une arrivée à l’Académie du Tennis de Boynton.

« Le sport ne forge pas le caractère. Il le révèle » (Heywood Hale Broun)

SPECIAL DEDICACE
De Melbourne Beach à Boynton Beach : pensées à Dominique Auroy (notre partenaire et grand amateur de bons vins) – Maeva Rouleau – Jean-Pierre et Claudie Giusti, mes beaux parents – Jean Marie et Flavia Giusti et leurs enfants (mon super beau-frère et ma belle sœur) – Et le reste de ma belle famille : Claudine, Roger, Sylvie, Pino, Francette, Frédérique, Cécile, Elisabeth, Jean-Pierre, Ange-Marie, Cyril et tous les enfants…
Parcours : Melbourne Beach – Vero Beach – Palm Beach – Boynton Beach

Lundi 4 octobre, Melbourne Beach.
Réveil à 6h00.
On en rêvait, on y a eu droit.
J’aurai pu vivre une journée éprouvante liée à l’accumulation des efforts fournis jusqu’alors… Ce fut une descente… au Paradis !
Dernière longue étape avant l’arrivée finale à Miami, cette journée ralliant Melbourne Beach à Boynton Beach s’est déroulée dans les conditions idéales. La direction plein Sud sur l’ensemble du parcours, avec un vent venant du Nord, a permis de dérouler durant 7 heures, avec un compteur descendant rarement sous les 30 km/h. Jean-Pierre en a profité pour faire l’ensemble de l’étape avec moi : lui aussi l’a vécu avec un maximum de plaisir, en profitant pour réaliser sa plus longue distance : 202 km. A 73 ans, avec une telle vélocité, une telle facilité, c’est formidable.
Nous sommes partis tôt de Melbourne Beach, car nous souhaitions arriver vers 17h à l’Académie de tennis de Tarik Benhabiles. Auparavant, nous sommes allés sur la plage, contempler le levé du soleil sur l’Atlantique ; un moment simple et si fort à la fois : cette lumière changeante, les oiseaux qui viennent chasser, le bruit des vagues, le vent…
Ensuite, nous avons emprunté la route en bord de mer, « l’Ocean drive » située sur cette bande de terre coincée entre la mer et l’un de ses bras. Au fur et à mesure que nous descendons vers le sud, les habitations se font de plus en plus belles, avec une végétation savamment travaillée. C’est également le paradis des sportifs ; nous croisons pour la première fois une centaine de joggeurs, marcheurs et cyclistes. On ressent une qualité de vie bien au dessus de la moyenne.
Les villes ou bourgades se succèdent : Sebastian, Vero Beach, Fort Pierce, Palm Beach, West Palm Beach, South Palm Beach, Lake Worth… et cela à une vitesse que nous n’imaginions pas. Le vent est assez fort et nous roulons en moyenne à 35 km/h avec des pointes à 45 pour se faire plaisir. J’ai le sentiment de juste devoir « pousser » sur les pédales et non « appuyer ».
Nous arrivons sur Palm Beach par le port, les quartiers défavorisés, puis en franchissant le pont menant au front de mer, nous changeons radicalement de monde : le grand luxe. Deux mondes si proches et si lointains à la fois. Là respire l’argent ; mais les demeures (voir châteaux en bord de mer !) ont été conçus par de brillants architectes. Les jardins sont entretenus parfaitement ; de véritables bijoux. Nous avons même vu un gazon que le golf de St Andrew aurait pu envier !
Nous sommes là pour faire du vélo et non philosopher (cela viendra plus tard, lorsque la course sera finie) ; nos yeux, nos têtes profitent pleinement de ce décor féérique. Seules deux crevaisons de Jean-Pierre viendront nous sortir de ce sentiment de plénitude du sportif. Durant cet intermède, un jeune américain, s’entraînant au triathlon, viendra échanger avec nous ; notre périple l’aura impressionné.
Je profite de la dernière heure à vélo pour m’isoler dans ma bulle durant quelques minutes. Je sais que je vis des moments uniques, que je suis privilégié même si je m’en suis donné les moyens, que le plaisir aura été permanent, que les souvenirs seront nombreux… Quelques minutes de pur bonheur, loin des problèmes du monde...
Les villes se succédant sans réelle limite, nous allons rater le panneau « Boynton » et ainsi descendre jusqu’à Boca Raton. Finalement cela va arranger Jean-Pierre qui voulait coûte que coûte être sûr de dépasser les 200 km ! C’est chose faite. Après avoir retrouvé Hervé et le RV (ces deux là sont proches !), nous mettons le cap sur l’Académie de tennis où Tarik Benhabiles, ami de longue date de Jean-Pierre, va nous recevoir. Je ne connaissais pas Tarik auparavant ; c’est un garçon simple, très attachant. Pourtant il a entrainé les plus grands tennismen ; c’est lui qui a lancé, entre autre, Andy Roddick (le chouchou des américains)… Il connaît la Polynésie depuis près de 30 ans et l’apprécie grandement. Il adore Moorea et Huahine… Il nous reçoit dans son bureau, puis nous invite chez lui. Nous passerons ainsi une excellente soirée qui démarrera dans un succulent restaurant et se terminera sur son parking où nous commencerons à préparer nos affaires et surtout réhabiliter le camping-car que nous devrons rendre demain avant midi !
Merci Tarik pour ces quelques heures très sympathiques.
Demain, mardi 5 octobre : champagne !
Jean Mi







Étape 22 - Alligator Dundee

« De Williston (Floride) à Melbourne Beach (Atlantique !) »
22ème jour : 224 km réalisés – Départ 7h45 am
Un beau dimanche, ensoleillé, sur une route lisse et rapide où le dieu Eole s’est amusé, non pas « de » moi comme d’habitude, mais « avec » moi ! Du bonheur de cycliste !
Par contre, j’ai plus vu de crocos en plastique que de vrais ! Je vais finir par regretter le Mississipi…
Et le moment fort de la journée sera qu’en même cette arrivée sur la côte Est, face à la mer immense, cet océan que j’adore : l’Atlantique !

« Le sport est dépassement de soi. Le sport est école de vie. » (Aimé Jacquet)

SPECIAL DEDICACE
De Williston à Melbourne Beach : pensées à Ethel Ledoux - Fred et Chantal Duflock - François et Myriam Fichou - Michel et Caroline Miclo – L’ensemble du SIPOF, de Rima Hotu Rau et de la Brasserie de Tahiti.
Parcours : Williston – Ocala – Lady Lake – Apopka – Orlando – St Cloud – Melbourne Beach

Dimanche 3 octobre, Williston.
Réveil à 7h45. Beau soleil dès 7h30. La journée sera chaude.
Le vent souffle du bon côté ; il est même en vent arrière, ce qui annonce un départ rapide. Ce sera en effet l’étape où la moyenne sera la plus élevée…
Après avoir dépassé la ville d’Ocala (et s’être arrêté dans un fast-food pour pouvoir envoyer nos mails !), je file sur une route lisse et propre tel un compétiteur lancé dans un contre-la-montre. Quel plaisir de se sentir poussé ainsi, à plus de 43 km/h, sur plus de 20 km ! Je comprends un peu mieux les sensations de voler que peuvent avoir les bons cyclistes… Après Lady Lake, j’ai même traversé une ville dont je n’ai eu le temps d’apercevoir le nom, étant allongé sur ma « bête de course », le Look 596 tri ! Je verrai ce soir qu’il s’agissait de la ville de Leesburg. Cette région foisonne de lacs. J’ai demandé à mes deux compères d’essayer de trouver une ferme à alligators ; impossible de traverser la Floride sans en voir un seul ! Mais, rien. Le temps étant compté, nous n’aurons pas la possibilité de nous arrêter dans un parc d’attraction d’Orlando. Jean Pierre a lu que le Reptile Word Serpentinus, sur la commune de St Cloud (nous devons y passer) présente une variété importante de serpents, tortues et croco. Nous décidons donc de nous arrêter. Je remonte dans le RV à partir d’Orlando afin d’être sûr d’arriver à destination avant la tombée de la nuit (cette petite attraction est située à un peu moins de 50 km d’Orlando). La visite finalement durera moins d’une demi-heure ; quelle déception : en tout et pour tout, deux malheureux alligators parqués dans un minuscule enclos, et de pauvres serpents agglutinés dans des boites trop petites… Bref, j’aurai vu plus de crocos en plastique dans la boutique que de vrais ! Je reviendrai, mais dans des parcs ou fermes dignes de ce nom…
Je reprends le vélo désormais direction plein Est, avec l’objectif de rejoindre la mer. Le vent a forci et est du côté gauche. Je terminerai les 15 derniers kilomètres avec Hervé (qui aura parcouru 33 km ce jour) sous des rafales de vent. La traversée du pont qui nous mène à Melbourne Beach sera épique. Mais ça y est, on le voit ! L’Atlantique est là, face à nous, majestueux, en mouvement comme souvent. Le vent nous a envoyé des embruns salés. Les deux bretons sont aux anges ! Le soleil est mauve ce soir, magnifique. Mais la recherche d’une nouvel RV Camp m’empêchera de prendre les photos qui s’imposaient. Tant pis, ce sera pour demain matin, au lever.
Le périple touche à sa fin. Le « Coast to Coast » a été réalisé. Maintenant il faut rejoindre l’arrivée choisie : Miami Beach. Nous avons programmé cette descente plein Sud sur deux jours, car demain soir nous sommes attendus à Byonton Beach (212 km) par Tarik Benhabiles, l’ancien champion de tennis reconverti désormais comme entraineur ; il a suivi nos aventures depuis le début. Il est tahitien de cœur ! Une bonne soirée en perspective…
Ensuite, mardi, ce sera l’apothéose, ce sera notre arrivée sur nos Champs Elysées ! Sur Ocean Drive. Seulement 90 km de distance mais 3h, 3h30 de bonheur, de plaisir durant lesquels, pour ma part, je ferai le point sur ces 24 jours originaux, riches en émotions, en rires, en décors, en animaux… en doute aussi, en douleurs parfois, mais seul le « bon » restera, comme toujours. Et du bon, il y en a eu beaucoup !
Je vais profiter de cette nuit réparatrice pour me préparer à ces deux belles journées.
Ce soir, j’ai dépassé les 4.500 km sous 22 jours.
Bonne soirée.
Jean Mi






lundi 4 octobre 2010

Étape 21 - « Quand la musique est bonne… »

« De Carrabelle à Williston (Floride) »
21ème jour : 286 km réalisés ! – Départ 7h30 am
Une longue journée au mental, sur des routes interminables entre des forêts de pins.
Mais une fin épique et amusante qui finalement permettra d’obtenir la 2nde meilleure distance du challenge.
Nous sommes désormais aux portes d’Ocala, proche d’Orlando et ses alligators, mais surtout proche de l’Atlantique que je vais essayer de rallier demain soir !

« Le sport est l'espéranto des races » (Jean Giraudoux)

SPECIAL DEDICACE
De Carrabelle à Williston : pensées à Teiki et Anne Richmond - Tonina et André Teissier – Rataro – Joseph Kahia – et tous mes amis marquisiens !
Parcours : Carrabelle – Panacea – Perry – Tennille – Chiefland – Bronson – Williston.

Samedi 2 octobre, Fort Walton.
Réveil à 5h50. Temps d’automne, mais toujours sans pluie.
Il me faut impérativement dépasser les 250 km aujourd’hui si je veux arriver dans les temps le 5 octobre à Miami Beach. Je n’ai pas eu la nuit que je souhaitai avoir et n’ai pu dormir que 5h. Cette journée s’annonce incertaine ; comment le physique va-t-il répondre à ces sollicitations répétées ?
Heureusement, je pars assez tôt et le soleil sort à peine de l’horizon ; il est rouge sang et commence à se dégager au dessus de la petite ville de Carrabelle ; je vais pouvoir l’immortaliser sur mon numérique.
Jean Pierre et Hervé vont rester au RV Camp pour finaliser le lavage du linge et résoudre les petits soucis de notre véhicule. Jusqu’à midi, je vais donc parcourir seul cette région, moins attirante que tout ce que j’ai vu jusqu’à maintenant. Après avoir dépassé Panacea, je m’éloigne de la mer (je ne la reverrai plus avant l’Atlantique). Désormais ce sont des allées interminables de pins qui vont me servir de décor. Assez lassant je dois dire au bout de plusieurs heures.
Mais la solution tient dans un petit boitier de 5 cm sur 3 : un lecteur mp3 ! La musique, qui non seulement adoucie les mœurs, mais aussi les muscles via le cerveau ! Je ne vous en avais pas parlé jusqu’à maintenant, mais il est sûr que c’est un élément indispensable à ce genre de défi. J’utilise la musique depuis la première journée, souvent en fonction des difficultés ou de décors idylliques. Merci à l’inventeur de ces petits engins miniaturisés. Ainsi, au gré du temps, je me suis fait bercer par un mix de chansons, passant de Goldman à Seal, d’Anggun à Barry White, de la Soul à la Samba, des slows aux bons vieux rocks… Bref, j’ai à peine aperçu Perry ( ! ) jusqu’à ce que mes deux compères me rattrapent et préparent le déjeuner habituel. Durant cette matinée, j’ai maintenu un rythme élevé. Le repas devrait me permettre de recharger l’organisme (les milliers de calories consommées chaque jour). Je repars 20 minutes après, mais je ressens une forte envie de dormir ; le sommeil m’envahit… Heureusement, Hervé s’est garé quelques kilomètres plus loin. Je m’arrête afin qu’il prépare un café ; durant ces 10 minutes de pause, je vais fermer les yeux et récupérer incroyablement vite, comme les skippers en solitaire. J’ai déjà parcouru 150 km. Jusqu’où vais-je pouvoir aller ? Au départ je m’étais fixé pour objectif d’atteindre Old Town (235 km). Mais je vais mieux et profite de bonnes sensations sur mon vélo profilé (Look 596) pour garder une moyenne élevée. Une fois à Old Town, Jean Pierre, qui roulait seul depuis plus de cinquante kilomètres, veut que nous continuions ensemble. La nuit ne va tomber que dans un peu plus de 2 heures. C’est reparti ; nous atteignons Chiefland puis prenons à gauche direction Ocala. Après une quinzaine de kilomètres, toujours pas de RV. J’ai atteint les 260 km et je terminerai bien là ma journée de boulot ( ! ). Nous passons un coup de fil pour avoir des nouvelles ; en fait, Hervé a suivi notre road book et est parti par un autre trajet. Le temps qu’il nous rejoigne, nous décidons de continuer ; durant ce laps de temps, Jean Pierre s’aperçoit qu’il est à moins de 20 km de ses 1.600 km au cumul. Il va réussir à me convaincre de continuer et, avec le couché de soleil et la bonne ambiance, je terminerai finalement cette journée par le 2nd meilleur score du trip : 286 km. J’aurai signé tout de suite ce matin si on me l’avait dit. Comme quoi, les coïncidences m’ont permis d’aller plus loin que mes envies. Désormais, nous sommes à Williston, aux portes d’Ocala.
Si demain je parviens à dépasser à nouveau les 260 km, je serai tout près de l’Atlantique (à West Melbourne). Ensuite, nous pourrons redescendre le long de la côte Est jusqu’à Miami. Nous attendons la réponse d’un ami de Jean Pierre, Tarik Benabiles, ancien champion français de tennis, désormais installé à Boynton comme entraîneur. Il suit nos péripéties et espère pouvoir nous voir. Peut être le 4 octobre. L’arrivée finale est donc programmée au 5 !
Cela fait exactement 3 semaines que nous avons quitté Furnace Creek ; c’est exactement le temps pour le Tour de France. J’aurai parcouru un peu plus de 4.300 km jusqu’à maintenant.
L’étape de demain est primordiale pour tenir ce timing. Nous devrons traverser Orlando et, j’espère, croiser quelques alligators afin de donner un peu de « piment » à cette fin de périple…
Vous en saurez plus dans l’édition à venir !!!
Bonne soirée.
Jean Mi







Les commentaires de Jean Pierre :

Vendredi 1er Octobre 2010 - de GULFPORT à CARRABELLE
Il a fallut que l’on fasse 2 Mac Do pour trouver le réseau qui nous permet de vous envoyer les nouvelles du front - c’est inacceptable ! Entre temps nous nous sommes arrêtés dans un petit village (reconstitué) de pêcheurs qui vante les eaux les plus poissonneuses du golfe - j’ai nommé Destin !
Je vais vous résumer un peu la journée en quelques chiffres : 49 ( c’est le rythme au repos de mon petit cœur - 111 - c’est le kilométrage que j’ai fait - 4 - c’est le nombre de fuseaux horaires que nous avons traversé depuis la Californie - Le problème est que l’on perd une heure de jour et de sommeil - Jean-Michel part de nuit maintenant et avec une « petite laine » car il fait froid !
Aujourd’hui, je n’avais pas la gniaque, mais alors pas du tout, j’ai été dans le genre follower , pas leader à un point tel que je n’ai prit aucun relais avec mon copain - il roulait à plus de trente de moyenne et j’avais un mal fou à le tenir, et mon pneu qui se dégonflait tous les 6 miles ! On a fini par appeler mère-grand et j’ai pu réparer la chambre à air coupable . Hervé a prit la suite pour un exploit personnel puisqu’il va couvrir 45 bornes !
Pour reprendre partiellement un inventaire à la Prévert je dirais que nous avons rencontré une biche effarouchée qui allait traverser l’autoroute meurtrière, 2 paires de baskets (dont une neuve), 3 casquettes, une belle paire de… ciseaux, 1 fanion de l’équipe de foot du coin? 6 gants et l’inévitable raton laveur qui a foncé au travers des quatre voies , la queue bien en l’air pour se mettre au couvert de la grande forêt toute proche.
A Panama City, (qui n’est pas à Panama) - Hervé et Jean-Michel vont aller tout droit au lieu de prendre par les plages, Belle erreur, car devant moi vont défiler des centaines et des centaines de bikers - à 90 % Harley-Davidson, tout phares allumés (Il n’y avaient pas que les phares) - Ca fait vroum vroum ,çà a le parfait look bandana-lunettes noires-moustaches en guidon de course - blondes de préférence et les Santiags en pattes de canard. Marrant ! Certains nous prennent pour des larves , mais d’autres sont plus sympas.
Arrivés à Apalachicola il reste encore assez de jour pour pousser un peu plus loin. Le GPS nous indique un coin côté forêt. Le responsable nous annonce qu’il n’y a pas la wi-fi et il est tellement imbibé que l’on préfère aller un peu plus loin, jusqu’à Carrabelle Beach. On n’a pas regretté : c’est le meilleur RV camp ground que nous ayons essayé : Plage à 50 mètres, grande piscine - douches et laundry super clean - emplacements avec gazon, béton et table de pic nique et dans la réception tout le nécessaire pour la survie en mobile home. A 43 $ c’est une affaire, comparé à certains autres.


Samedi 3 octobre CARRABELLE - WILLISTON
Comme il y a eu trop de décalage entre son départ et le nôtre, nous nous sommes fixés une heure limite de 2 H 30 maxi après son décollage. Le temps de faire un peu de ménage, le petit déj’ , le nettoyage des fringues etc, le tiempo passe trop vite et il faut cravacher pour retrouver notre road runner qui est souvent 100 bornes plus loin. On le retrouve entre Medart et Cross city pour le déjeuner. Je sors mon vélo sans grande conviction, et puis, çà va se faire doucement, le rythme reprend ses droits - par contre nous sommes entrés dans la région des grands marais dont l’eau noire vient lécher les bas-côtés de l’autoroute aux lignes droites sans fin, encadrées par deux rangées de pins sombres.
Jean-Michel va se prendre un gros coup de barre et, après un petit somme de 5 minutes et un café bien fort va remonter sur son vélo et repartir comme si de rien n’était.
On roule, on roule, on roule, le nez dans le guidon. Mon I-pod est tombé en rade et je n’ai même plus de musique ! Chaque coup de pédale doit être appuyé pour se maintenir au-dessus de 30 - c’est un effort de volonté qui ne permet pas le relâchement sauf quand on met une vitesse supérieure pour pouvoir se relever et faire quelques mètres en danseuse, tant nos pauvres fesses n’en peuvent mais ! JM a tout essayé : la crème suisse miracle, les cachets d’Advil pour effacer la douleur, le changement de selle , rien ni a fait ! On doit vivre avec çà jusqu’au bout.
A Bronson on n’a pas vu Charles, comme à Salem il n’a a plus de sorcières - mais un petit bistro dénommé « Le Four Corners » où nous sommes rentrés pour se taper une pression. Des Harley-Davidsoniens intrigués par la machine à JM lui ont posé quelques questions dont l’inévitable « how much is it ? » Dans les 12000 $ - le prix d’une Harley moyenne - et quand ils apprennent qu’il vient de faire 250 kms alors, là : respect man ! - Ils veulent même faire la photo . OK ! -Plus tard, alors que nous roulons en formation à 35 de moyenne, ils nous font de grands signes au passage ! Quand je vous disais qu’il y en a des sympas ! - La nuit tombe vite alors que nous approchons de Williston et notre iron man va abattre ses presque deux cent quatre vingt dix kilomètres, alors que je n’en n’ai effectué que 120 ! Là où je vais lui tirer mon chapeau, c’est quand je plaçais des accélérations dans des petites côtes, eh bien çà n’avait pas l’air de le gêner outre mesure ! Sacré Jean-Michel, il n’y a pas beaucoup de jeunes qui seraient capable d’en faire autant !
Nous sommes arrivés dans un RV Camp à Williston, près d’Ocala - pas cher (22 $) - mais sans wi-fi et avec des sanitaires un peu limites. Ce soir, pour récompenser mes bretons j’ai fait des crêpes qui ne sont ni Suzette ni franchement pancake . Avec le sirop organique d’agave bleue, ce fût parfait .
Il est minuit comme d’habitude et demain nous avons encore une très grosse étape.

Jean-Pierre Marquant