Présentation


5.000 km entre la Californie et la Floride
en vélo à travers 9 états américains.

Départ officieux : Santa Monica (Los Angeles) pour récupérer de l'eau du Pacifique dans une gourde...
Départ officiel : Death Valley (Vallée de la Mort - Californie), désert mythique
Arrivée : Miami Beach (Floride) sur l'Atlantique
Direction : par le Sud : Phoenix, El Paso, San Antonio, New Orleans...
Dates : du 10 septembre au 1er octobre 2010 (si tout va bien !)
Coureur - Cycliste : Jean Michel MONOT
Accompagnateurs : Jean Pierre MARQUANT, Hervé LE MEUR
Conseillère alimentation et soins (à distance !) : Hélène Sillinger

lundi 20 septembre 2010

Étape 07 - De l’ours aux crickets

« De Chiricahua à Colombus »
7ème jour : 203 km (180 réalisés) – Départ 6h30 am
Certainement l’une des plus belles journées, malgré le vent de face en fin de parcours : d’un paysage pyrénéen à la grande plaine de la frontière mexicaine. J’aurai franchi deux montagnes dont l’une culmine à 2.500 m d’altitude. Nous aurons quitté l’Arizona (1.154 km) pour le Nouveau-Mexique.

La partie la plus cérébrale du jeu - de beaucoup la plus importante - demeure invisible ; c'est donc que le muscle y sert d'écran à l'intelligence. [Pierre de Coubertin]

SPECIAL DEDICACE
De Chiricahua à Colombus : pensées à Blandine Monot (ma sœur chérie !) et Christian Bernard – Gabriel Beaumont – Karim et Kiki Ahed
Parcours : Chiricahua Monument – Montée au col Echo Canyon puis redescente – Portal – Animas – Hachita - Colombus

Samedi 18 septembre, 6h30 am.
Réveil à 5h30, car la journée sera longue. Une heure plus tard, après un petit déjeuner léger, Jean-Pierre et moi partons à vélo en direction de Echo Canyon situé à un col à 11 km. Entre les pins, les rochers majestueux de Chiricahua nous écrasent ; ils semblent posés les uns sur les autres en équilibre précaire. Il fait bon. Nous grimpons allègrement et heureux de sentir ces odeurs de forêt et de voir monter la lumière. On espère bien croiser un ours ou un daim (il y en a beaucoup dans cette région ; d’ailleurs les poubelles sont conçues de telle manière qu’ils leur aient impossible de les ouvrir)… Après 45 minutes, nous atteignons le sommet : superbe ! La descente est grisante et ne va durer que 12 mn ; Jean Pierre est un vrai équilibriste : ses années de windsurf et autres sports de vitesse lui ont donné maîtrise et sens de la trajectoire. Cette première heure est un pur bonheur.
Nous nous arrêtons en bas au « Visitors Office » : comme nous l’avais déjà préconisé plusieurs personnes, les deux hôtesses nous conseillent d’éviter la route menant à Portal car il s’agit d’une « dirty road » (piste). Il est vrai que mon expérience de la veille nous incite à changer d’itinéraire. Le problème est que le détour impose 200 km supplémentaires. Nous décidons alors d’un commun accord de tenter l’aventure et d’essayer de passer avec notre grand RV (car il y aurait souci à cause de la largeur étroite de la route). Le col menant à Portal, située à 43 km, culmine à plus de 2.500 m. Après le passage d’un gué, je me lance sur mon vélo à l’assaut du sommet ; la piste est caillouteuse, mais suffisamment dure pour permettre une avancée correcte. Le RV suit quelques mètres derrière…
Je profite de cette seconde expérience sur un terrain totalement inattendu et inadapté à mes deux vélos pour féliciter les trois marques concernées : la maison française LOOK qui fabrique ces super cadres en carbone, Campagnolo pour un groupe qui ne grippera jamais et les pneus Michelin ; ils auront tous résisté et n’ont pas cassé ou crevé ! Félicitations.
J’arrive au sommet de ce col exigeant mais sauvage et peuplé d’aloe vera et autres plantes que je ne connais pas. Photos devant le panneau « commémoratif » et je dois monter dans le RV car la descente s’avère trop dangereuse avec un vélo classique (en VTT cela aurait été un vrai plaisir). Avant d’arriver à Portal, nous apercevons une petite rivière qui suit notre route : aussitôt dit, aussitôtt fait, nous nous arrêtons pour un bain glacé et un rasage « nature » bien mérité.
Juste avant Portal, le goudron fait à nouveau son apparition. Nous repartons avec Jean Pierre dans une folle descente de 10 km qui va nous mener jusqu’au Nouveau Mexique. Au revoir Arizona : nous y aurons passé 4 jours et demi.
Il reste plus de 120 km ; nous sommes désormais dans la plaine mexicaine, avec des arbustes bas et peu d’arbres. Mais le pire ennemi du cycliste ( ! ), le vent, va encore faire des siennes : il sera de face jusqu’à l’arrivée à Colombus. Après 3 heures d’effort, j’ai perdu beaucoup d’énergie pour résister à ses rafales qui se font de plus en plus fortes. La nuit arrivant, Jean Pierre et Hervé me demandent de monter dans le camping-car : la région n’est pas très sure ; nous ne sommes en effet qu’à 2 miles des postes frontières. Il est vrai que j’ai déjà parcouru 180 km et franchi 2 cols. Je terminerai les 20 derniers km en récupérant dans le RV. Colombus est un petit village où l’on parle plus l’espagnol que l’anglais.
Petit point original supplémentaire dans cette journée bien remplie : lorsque nous avons dépassé Animas, la route s’est « recouverte » de milliers (pour ne pas dire de millions) de crickets. Nous nous apercevons vite que la grande majorité est écrasée et que les vivants viennent dévorer leurs congénères. Au début, j’ai zigzagué pour les éviter mais il y en a trop et cela devient dangereux. Je m’excuse donc auprès des protecteurs des animaux ( ! ) mais j’ai dû rouler sur une bonne centaine d’entre eux.
Jean Pierre aura aussi réalisé une belle performance en m’accompagnant durant 80 km. Quant à Hervé, pour sa seconde sortie, il a une nouvelle fois parcouru 20 km ; et surtout déjà réduit de moitié sa consommation de cigarettes !
Nous allons trouver un « RV Camp » où nous pourrons nous doucher, laver notre linge et dîner tranquillement, tous heureux d’avoir passé une si belle journée.

Bilan de la 1ère semaine :
Voici maintenant une semaine que le « trip » a commencé, à Furnace Creek, au beau milieu de la Vallée de la Mort. 7 jours et 4 états : la Californie, le Névada, l’Arizona et enfin le Nouveau Mexique. Nous avons croisés des gens sympas, vu des paysages très différents et vécu des moments très forts.
La température élevée a été un facteur déterminant. Dépassant souvent les 43° (et même les 50°), j’ai dû m’adapter et augmenter ma consommation d’eau, agrémentée essentiellement de jus de citron vert, d’Active Balance pour mieux évacuer les toxines et de Mineral Drink pour me recharger en minéraux.
Un autre facteur clé a été le vent : souvent de face, il a ralenti ma vitesse moyenne et donc les distances journalières que je m’étais fixé initialement. Mais cela fait partie de l’aventure et je dois faire avec.
Au bilan, après une semaine, j’ai parcouru 1.372 km. J’ai eu des « coups de pompe » au fait principal que je suis arrivé sans entraînement ; mais l’adaptation incroyable du corps humain et la volonté ont suffi à franchir (jusqu’à maintenant !) les épreuves journalières. Seule ombre au tableau, mais je m’y attendais : une douleur au postérieur ! Rien à faire sinon d’espérer qu’avec le temps, elle disparaitra.
Côté moral, il est au beau fixe. Il est vrai qu’avec tous vos messages d’encouragements, je ne peux qu’aller bien. Cela me réchauffe le cœur… et les muscles ! Cela aura aussi permis de communiquer avec des amis lointains. C’est formidable d’avoir des amis comme vous. Donc, rassurez vous, celles et ceux qui vous inquiétez : tout va bien ! Je vous embrasse fort, comme je vous aime !
Nous sommes donc à la frontière mexicaine, à Colombus, et nous allons devoir être très vigilants car on vient de nous apprendre que 4 américains ont été égorgés par des trafiquants de drogue mexicains. Mais nous sommes sereins : notre RV est bien balisé avec AIR TAHITI NUI et le ROTARY Club de Papeete. Nous avons vraiment l’allure de visiteurs, certes originaux car à vélo, mais sérieux.
Demain, je vais longer la frontière durant près de 120 km, sur quasiment une seule ligne droite ( ! ) pour atteindre El Paso (première ville du Texas).
Hasta luego y buenas noches !
Jean Mi







Commentaires de Jean Pierre depuis Oracle :
Vendredi 17 septembre,
La veille nous avons repéré une route qui mène à Biosphère 2 - le fameux programme en autarcie complète pour aller sur mars. Nous décidons d’y retourner pendant que Jean-Michel ira jusqu’à Cascabel et peut-être Willcox ,110 kms plus loin. Comme la route descend, nous pensons que c’est du billard et ça va être l’horreur quand on va le retrouver 7 heures plus tard.
En attendant nous pénétrons dans cet énorme complexe qu’un milliardaire américain, Mr. Edward Baskin a décidé de construire avec un premier budget de 150 millions de dollars au début de 1990. Nous sommes abasourdis par l’énormité des constructions et de leur complexité. En résumé, sur une vingtaine d’hectares il y a plusieurs serres géantes dans lesquelles ils ont créé plusieurs types de climats du désert à la forêt tropicale. Ils y ont fait pousser des milliers de plantes, introduit toutes sortes d’animaux du cochon à l’abeille (qui n’a pas survécu à cause du manque d’UV -car les rayons du soleil étaient filtrés par les verrières) - les 8 humains sélectionnés ( 4 hommes et 4 femmes tous célibataires en sont ressortis 2 ans et vingt minutes après blancs comme des lavabos !)On y trouve aussi un mini océan contenant 15 millions de litres d’eau de mer apportée par des camions de lait (cuve inox) - avec des coraux et des poissons tropicaux - une machinerie insensée créant la pluie et le beau temps, des vagues dans l’océan , de l’humidité…les 8 marsiaunautes devaient pouvoir tout faire : aussi bien réparer tout dans le complexe, que faire de la biologie, du jardinage , de l’élevage, être cuisinier, médecin, biologiste et j’en oublie ….
L’expérience commencera en septembre 1991 pour s’achever le même mois de 1993.
Personnellement je ne serais pas rester une semaine là-dedans! - Ils en ressortirent tous très amaigris (certains perdant près de 25 kilos, mais étonnement en bonne santé !) Les caféiers donnant très peu ils n’avaient qu’une tasse de ce précieux breuvage tous les 15 jours. Ca donne à réfléchir non ? Mais nous allons découvrir le trait de génie des concepteurs de l’opération au travers un long tunnel qui nous mène dans une énorme salle circulaire qui recueillait la condensation de toute la biosphère et coiffée par un énorme couvercle de 16 tonnes qui monte et qui descend pour réguler la pression atmosphérique pour que l’ensemble n’implose ou n’explose pas ! La salle fait dans les 40 mètres de diamètres et quand notre guide ouvre une porte-sas l’air s’engouffre dehors avec violence et l’on voit le disque descendre doucement ! Il fallait y penser !
Le site a été choisi pour ses 300 jours de soleil par an.
On refait le plein par sécurité car le RV est gourmand et il est temps de rejoindre notre road runner - à 90 de moyenne on devrait le retrouver rapidement, sauf que la highway 76 se transforme tout à coup en une piste saharienne où il faut rouler soit à 80 soit à 10 kilomètres sur cette terrible tôle ondulée. Elle est indiquée sur la carte comme une bonne route et c’est un cauchemar de cycliste que l’on découvre surtout que JM a des pneus étroits. La bonne chose est que l’on peut suivre sa trace zigzagante facilement . L’incroyable est qu’il n’a pas crevé une fois, alors que sur les bas-côtés des routes il en est à 3 !. On le récupère enfin légèrement déshydraté. Il faut maintenant atteindre Chiricahua National Parc avant la nuit pour tenter la traversée par les montagnes. Les avis glanés le long de la route sont catégoriques : vous ne passerez pas avec un tel engin ! La longueur maxi est fixée à 28 pieds et nous en faisons 33. Inch Allah ! D’ailleurs il y a un bled qui s’appelle Allah pas loin d’ici. Dans les noms bizarres, j’ai retenu Tombstone (pierre tombale), Miami, Bon, Globe, Top-of-the-World, Cochise, Rodéo, Antelope, Mastodon etc…
Comme dab, nous sommes arrivés en pleine nuit au camping. D’abord il faut passer payer : Non ! Ensuite les gros R.V. (prononcez arrvii ) sons interdits. On va quand même arriver à se faufiler dans un espace tout juste acceptable sans électricité. A nos côtés une jeune femme de 110 kilos environ et son caniche, on l’invite à boire un coup, pas trop longtemps, car nous sommes fourbus et la soupe est prête. Il y a des ours dans le coin c’est pour ça que les poubelles sont auto-blocantes. Je me réveille transi et glacé pour la première fois car nous avions laissé les fenêtres ouvertes comme d’habitude. Nos journées sont fort longues, commençant à 6 heures pour souvent finir bien après minuit à cause des rapports et des sélections de photos et de films prit dans la journée, en plus de la fatigue accumulée.
Mais que l’aventure est belle !
Jean Pierre Marquant

1 commentaire:

  1. salut jean-mi
    petit conseil qui pourrait te servir : rien de plus efficace pour les irritations du périnée sur le vélo que la crème CETAVLON ; il faut en mettre une bonne couche pendant le vélo et aussi la nuit pour traiter ;reste plus qu'à en trouver aux usa !
    fred , nouméa

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