« De Furnace Creek à Baker »
205 km (réalisé 190) – Départ 11h am
Une journée dure, très dure, mais intense en émotions. Du retard au départ, une température extrême (50°), du vent de face en permanence
L’aventure démarre fort.
« Le sport est bien affaire de frissons » (Jean Dion)
Le réveil
Dimanche matin 6h30, 12 septembre, Furnace Creek.
Après avoir roulé trois bonnes heures jusqu’à la Death Valley, Hervé Le Meur et Jean Pierre Marquant nous ont trouvé un endroit magique dans l’unique aire de camping de l’oasis Furnace Creek. Le soleil se lève, éclairant d’une lumière orangée puis jaune les montagnes qui nous entourent. Le ciel devient bleu intense, sans aucun nuage, en quelques minutes. Une bonne douche sous les arbres et un petit déjeuner à l’extérieur annoncent une belle journée, mais certainement chaude.
Avant le départ officiel, il nous faut impérativement nous connecter via un wifi ou la fameuse « 3G ». Cette dernière ne fonctionne pas : pas de réseau. Quand au wifi, il y a effectivement une possibilité : payer 4,95$. Nous devons en effet envoyer des nouvelles à nos amis et partenaires. Je n’hésite pas, prend ma carte bancaire et remplis le formulaire informatique… Résultat : il n’accepte pas ma carte polynésienne (Messieurs les banquiers de Tahiti, faîtes quelque chose s’il vous plaît !!!). Nous faisons intervenir les différents membres du site (office, magasin) : impossible, cela ne fonctionne pas. Nous allons perdre ainsi environ 2 heures avant de trouver la solution grâce à la sympathie du personnel du « curios » local. Notre mail part enfin ! Nous sommes bien vivants ! Seulement voilà, il est 10h45. Le temps de prendre quelques photos et films pour immortaliser notre départ officiel. Le départ aura lieu à 11h03, avec pour spectateurs une vingtaine de « bikers Harléistes » norvégiens. Il est évident qu’il me sera impossible de rejoindre Kelso. Nous décidons de prendre la décision en cours de journée, mais Baker est notre objectif…

Furnace Creek – Badwater :
Cet endroit est mythique pour Jean-Pierre et moi : nous y avons des souvenirs impérissables. Nous roulons tous deux vers le point le plus bas des Etats Unis : Badwater (-86,6 mètres sous le niveau de la mer).
Sur cette première portion, j’ai une pensée forte pour ma maman Annick Monot, Loic et Stéphanie Lecottier. Loic faisait parti de mon team d’assistance lors de la Badwater Race et la Furnace Creek race en 2005. Cet endroit restera féérique pour lui aussi. Quant à ma Maman, elle est venue ici il y a quelques mois pour voir où son fils était et allait à nouveau passer !...
La descente jusqu’à Badwater, parsemée de quelques petits raidillons, est du pur bonheur. Seul un petit vent de face vient nous ralentir. Je me surprends avec Jean Pierre à chanter, à rire. Le décor est magique : rochers de toutes les couleurs à cause d’une géologie déstructurée (fer, borax, sable, etc…), lac salé (Manly) d’un blanc immaculé, pont minéral, pistes (Devil road) et puis ces lignes blanches et jaunes qui décorent la route où le goudron noir chauffe rapidement. A Badwater, le thermomètre indique 43° à l’ombre de notre RV (camping-car) ; la Death Valley est en effet le deuxième désert le plus chaud du monde après Gobi. Nous nous arrêtons quelques minutes après un peu moins d’une heure d’effort ; les touristes présents remarquent les autocollants de nos partenaires collés sur notre véhicule d’accompagnement. Sur l’affiche du Club Rotary de Papeete est spécifié l’un des objectifs de notre traversée : l’aide aux diabétiques. Les salutations, les encouragements ne manquent pas ; c’est motivant ! Certains demandent même à prendre des photos…
Badwater – Asford Mill :
Le décor est identique jusqu’à Asford Mill, situé à 44 km. Après 30 minutes, Jean-Pierre décide de terminer là sa première étape. Il aura parcouru environ 45 km, sous une température qui est jusqu’alors monté à plus de 45°. Chapeau bas Mr Marquant qui, je le rappelle, va fêter ses 73 ans cette année !
Je continue donc seul tandis que le RV fonce sur Asford Mill pour préparer le « maa’a ». C’est alors que les difficultés vont réellement commencer. Le vent jusqu’alors présent va se lever, fort et surtout de face. De 30 km/h, je vois mon compteur indiqué 20 km/h ! Je vais apprendre plus tard que le thermomètre a atteint son maximum : bloqué à 50° à l’ombre du RV. D’après Jean Pierre, la température dépasse les 80° au niveau du sol. Le vent m’assèche ; je bois en permanence, mais mon camel-back est rapidement vidé. Il me reste deux gourdes de vélo qui tiendront ½ heure. Je vais ainsi rester plus de 30 minutes sans eau dans ce four à plus de 50°. Les muscles commencent à puiser dans leurs réserves. Il est vrai que je suis arrivé très peu préparé. Cette difficulté dès le premier jour me sape un peu le moral durant quelques minutes. Heureusement, le RV est en vue. A sa simple vue, je reprends confiance ; je vais pouvoir m’alimenter et surtout refaire le plein d’eau.
Asford Mill, c’est une esplanade de 100 m2 qui surplombe la vallée désertique avec une ruine, une ancienne mine d’or que les deux frères Asford Mill ont vendu 50.000 $ à un hongrois, en 1914.
Après un déjeuner rapide, je repars direction Baker.
Asford Mill – Shoshone – Tecopa hot Spring :
3 km après l’esplanade se présente une intersection : Baker par la piste ou par Shoshone situé à environ 50 km. Après un essai infructueux sur la piste (trop instable et défoncée), je décide de prendre la route, malgré les 70 km supplémentaires.
Jean Pierre et Hervé partent en RV à la recherche des bassins d’eau chaude naturelle à Tecopa.
Face à moi, une montée d’une dizaine de km jusqu’au premier sommet Jubilee Pass. Il fait toujours aussi chaud. Les crampes se font ressentir, de plus en plus fortes, et le vent de face n’arrange rien. Le compteur indique 12 km/h. Dur, dur. Mes pensées partent alors vers Mr Jean Pierre Giusti, mon beau-père ; je me rappelle un essai qu’il m’avait conté sur le « temps qui passe », cette fameuse notion du temps, inventée par l’Homme. Dans ce désert, seul, en difficulté, je cherche à oublier ce temps ; inutile de me mettre une pression supplémentaire. Mon esprit s’évade sur ce sujet…
Au sommet, je crois me souvenir qu’une longue descente doit se présenter ; il n’en est rien. La pente remonte à nouveau : j’attaque cette fois la rude montée de Salsberry Pass. Mais c’est la fin de mon calvaire (en bon breton que je suis, c’est normal !). La « fameuse » descente arrive enfin : 10 km de pur bonheur, dans un décor toujours aussi féérique. On se croirait maintenant dans les films de western, avec John Wayne, entouré de moraines érodées.
J’atteins enfin Shoshone, petit village à l’intersection entre Las Vegas et Baker. Je rencontre un groupe de français en vacances. L’une des dames porte un tee-shirt Hinano. Après quelques amabilités, je continue ma route pour rejoindre mes copains à Tecopa. J’ai déjà parcouru plus de 130 km ; mes jambes sont fatiguées. Heureusement, Jean Pierre et Hervé ont découvert une petite piscine d’eau chaude naturelle très minéralisée. Cette petite halte va me requinquer.
Il est bientôt 19h et la lumière commence à disparaître derrière les montagnes. J’ai mis mes feux sur mon vélo. Pendant ce temps, mes compères sont confrontés à un grave problème : un gros caillou s’est coincé entre les deux roues jumelées du RV. Un véhicule s’arrête ; c’est un américain outillé et surtout bricoleur qui va les aider. Ils peuvent continuer leur route. Pendant ce temps, je roule dans la nuit noire ; un croissant de lune éclaire faiblement les montagnes envoisinantes. Je croise en tout et pour tout une dizaine de voiture. Cette région est en effet peu fréquentée. A quelques kilomètres de Baker, pris à nouveau par les crampes, je décide sagement de monter dans le RV.
La nuit va être bonne, mais courte.
Demain, nous traverserons la réserve indienne de Mojave. Une autre histoire, un autre paysage et j’espère moins de vent !












Bon courage mon pote et je t'envoie un peu de fraicheur de Queenstown NZ on se les cailles ici
RépondreSupprimeréric et isabelle gilquin
C'est toujours la première la plus dure. Maintenant ça va dérouler tout seul et surtout tu devrais avoir moins chaud
RépondreSupprimerBon courage Jean Mi
Phil et la tribu lambert
Je ne pourrais pas vous rejoindre comme prévu en Louisiane mais mes pensées vous accompagnent, bon courage à toi Jean-Mi. Tina
RépondreSupprimerBravo Jean Mi, par moment c'était dur, très dur mais tu es arrivé. Pense à cette phrse de Ruth Fishel : "en acceptant mes expériences passées et en accueillant les possibilités du futur, je suis libre de savourer le moment présent". Bonne rencontre avec les indiens de Mojave. Merci de nous faire rêver. A demain!! Mondine
RépondreSupprimer